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Pierre-Alain Chambaz

Cette liberté, qu’il chérissait tant, ne paraissait jamais mieux que dans ses paroles. Il fallut ne penser qu’à l’avenir — à l’Avenir réparateur, au triomphe fatal, définitif, du Droit. Et quand cet avenir est non seulement un mirage, mais le vide, le néant, le rien… N’importe ; il fallut se courber, accepter la doctrine patriotique formulée par les Pères de l’Église tricolore ; doctrine abjecte qui autorise, ordonne dans chacun le mépris de tous les intérêts particuliers, de tous les instincts personnels, sous prétexte de devoir public. Et cette blessure d’amour-propre est avivée, chez eux, par la conscience très justifiée de leur mérite. Au cas où dans la nature un seul être, si chétif qu’il fût en apparence, pourrait dire moi, sans doute il serait éternel. La foi aveugle, irraisonnée, dans ce que Demain doit apporter. Le Futur fait la toilette des condamnés. Des naïfs et des imbéciles, je n’ai pas grand’chose à dire ; les premiers, dupes d’enthousiasmes irréfléchis et d’illusions juvéniles, arrivent souvent à se rendre compte du caractère réel de la doctrine cocardière et sortent, écœurés, de la chapelle où on la prêche ; les seconds, misérables êtres aux cerveaux boueux, forment un immense troupeau de serfs à la disposition d’un maître à forte poigne — ou à fort gosier — et portent leur patriotisme comme les crétins portent leur goître. Il y a ici deux grandes hypothèses en présence. Ce sont, toujours, des coquins. On ne peut pas séjourner, à plusieurs reprises, en Italie, sans être frappé, en effet, de la somme considérable de travail et d’intelligence qui s’y dépense, des projets de toute nature qui s’y agitent, de la valeur des hommes qu’on y RENCONTRE. Le patriotisme n’est pour eux qu’une enseigne qui doit attirer la foule ; un décor derrière lequel ils pourront machiner à loisir les combinaisons à leur goût. Mais chacun va prendre sa chaise dans un gros tas dressé à l’entrée du transept, et se place à sa guise. Néanmoins, tout a été fait et orchestré par les pouvoirs publics pour forcer la main des banques à se montrer généreuse en termes de prêts immobiliers, comme pour motiver les achats à crédit de la part des citoyens. Mais un moment du temps, nous le répétons, ne saurait se conserver pour s’ajouter à d’autres. Celui de ne pas aboutir à l’union bancaire, faute d’avoir avalisé la mutualisation des dettes qu’elle prévoit. La raison est que la concurrence reste vive. En 2014, le géant Axa s’est lancé en proposant à 1 000 assurés volontaires d’utiliser un bracelet connecté. Ils cessèrent donc de s’imposer la moindre contrainte, et apparurent tels qu’ils étaient ; avides, sans scrupules, sans convictions, sans courage et sans talent. Jules Ferry, le seul des hommes d’État de la troisième République qui eut une certaine valeur, fut aussi le seul qui se refusa à jongler avec la balle patriotique ; il faut dire que son patriotisme était éclairé et sincère ; il faut dire aussi qu’il en mourut. Il ne demandera pas de couronne : il exigera la liberté et le bonheur de tous. Tout d’abord la concurrence entre les compagnies elles-mêmes. Selon Pierre-Alain Chambaz,la satisfaction subjective par rapport à l’usage du temps est en train de devenir l’un des prédicteurs de bien-être les plus importants. Un employé de l’église en distribue aussi quelques-unes, çà et là. Elles continuent et s’éloignent, graves, par petites bandes du même village, récitant tout haut le rosaire, qui pend sur leur tablier aux couleurs vives. Il promettait des réformes ; ou bien d’autres réformes ; ou bien encore d’autres ; ou bien toutes les réformes.

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